Des perles et de l’or pour Noël

vendredi 25 décembre 2015
par  Danielle
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En ce jour de Noël, j’ai envie de vous offrir l’essentiel, apporter de la lumière dans nos vies. Avec des histoires, des contes qui font du bien, qui nous disent que rien n’est jamais perdu, que derrière les plus grandes peines il y a des bonheurs qui nous attendent, qu’il n’appartient qu’à nous d’ouvrir nos yeux et notre cœur pour les cueillir, les accueillir.

Pour accompagner le solstice d’hiver, ce moment où la nuit cesse de croître pour laisser la place au jour, ce moment tant attendu depuis la nuit des temps, la ville de Fouesnant dans le Finistère a invité trois conteurs pour attendre et célébrer le retour de la lumière. Quelle magnifique idée ! Quelles belles rencontres et quels beaux voyages avec Nicole Docin-Julien, Julien Staudt et Achille Grimaud ! Aujourd’hui, je veux partager avec vous toute la lumière contenue dans ces contes qui ont traversé le temps. Ces contes, miroirs de nos vies, qui nous montrent le chemin.

N’oublie pas la lumière

Un homme n’avait qu’un fils qui représentait pour lui ce qu’il avait fait de plus beau au monde. Il désirait pour lui le meilleur et c’est pour cette raison qu’il décida de le confier à un roi d’une contrée voisine qui avait la réputation d’être un homme sage.
Quand le roi vit l’enfant au petit matin du premier jour, il lui dit : « je te donne cette lampe allumée. Va dans mes jardins, passes-y tout le jour et ce soir, nous nous retrouverons et tu me raconteras ce que tu as vu ». La journée se passe, l’enfant revient auprès du roi et là, il se met à raconter, à raconter : les milliers de fleurs, les fruits délicieux, le bruissement du vent dans les arbres, le chant des fontaines, les pépiements d’oiseaux. Et le roi l’écoute… puis il lui dit : « Et la lampe ? » Tout penaud l’enfant dit qu’elle s’est éteinte.
Le lendemain matin, le roi invite l’enfant à découvrir et lire les livres de la bibliothèque du château. Il lui confie une lampe allumée et lui dit qu’ils se retrouveront le soir.
L’enfant, la lampe à la main, pousse la lourde porte de la bibliothèque royale et découvre des milliers d’ouvrages tous plus beaux les uns que les autres qui recouvrent tous les murs du sol au plafond. L’enfant est tellement préoccupée par la lampe, qu’il en prend grand soin toute la journée lui évitant tous les courants d’air et il ne prend pas le temps d’ouvrir un livre.
Le soir venu, « qu’as-tu découvert dans les livres ? Quel livre t’a plu ? » dit le roi.

  • Majesté, j’ai pris soin de la lampe…

Alors le roi s’est alors approché de l’enfant. « Tout en gardant la lumière, il faut aller à la découverte du monde. Tout en allant à la découverte du monde, n’oublie pas la lumière ».

L’esprit de l’érable rouge

En ce temps-là, il y avait dans une forêt, un magnifique érable rouge qui s’épanouissait au bord d’une rivière où l’eau coulait, rouge. On dit que, lorsqu’une jeune fille buvait l’eau de cette rivière, un esprit rouge apparaissait et l’emmenait pour l’éternité au creux de l’arbre rouge…

Un jour, on vit arriver sur deux chevaux malingres et essoufflés, une jeune fille et un jeune homme épuisés qui fuyaient le pays d’où ils venaient, échappant à leurs familles qui refusaient leur union. Et pourtant, comme ils étaient amoureux, comme ils étaient beaux sous leurs habits de poussière. Quand ils ont mis pied à terre, aux abords de la rivière, leurs chevaux se sont précipités pour se désaltérer dans le courant. Yvan n’a pu les retenir, ni d’ailleurs la frêle Iris qui mourait d’envie d’étancher sa soif. Un esprit rouge est alors apparu : « Tu as bu de cette eau Iris, je vais t’emmener dans mon royaume et tu deviendras ma femme ». Il disparait avec Iris, laissant Yvan stupéfait.

L’esprit dépose Iris au pied d’une grotte, l’invite à entrer : elle découvre des tapis, des tableaux, des bibliothèques chargées de livres. « Personne ne pourra venir te retrouver ici et tu seras ma femme ».

  • Mon mari ne me laissera pas. Il viendra me chercher. Rien ne pourra l’arrêter ».

L’esprit a éclaté de rire puis il a fermé les yeux et il a vu à travers ses orbites rouges un cheval lancé au galop qui traversait une immense prairie en direction de la grotte. Et Yvan sur le cheval comme porté par le vent.
L’esprit a dénoué sa ceinture, l’a lancée devant lui, et elle s’est déroulée, déroulée. Elle est devenue serpent dans les herbes puis … dragon qui a avalé Yvan. Mais Yvan ne se laisse pas faire et de son épée, il éventre le dragon. Au sol, il voit une ceinture rouge coupée en deux.

Alors l’esprit ferme les yeux à nouveau et à travers ses orbites rouges, il voit Yvan qui vole sur son cheval plus vite que le vent. L’esprit se saisit d’un tableau qui représente une montagne, il le lance en direction de la prairie et devant Yvan s’élève tout à coup une montagne infranchissable. Il lance son cheval à l’assaut de la montagne, il franchit les cols, il dévale les pentes escarpées mais son ascension n’a pas de fin. Il aperçoit tout à coup un petit morceau de cadre coincé entre deux rochers, il l’arrache, le jette et se retrouve dans la prairie, à ses pieds un tableau brisé.

Yvan est tout proche de l’entrée de la grotte. Il descend de sa monture, il franchit le seuil. Plus le moindre tapis, pas un seul tableau, plus un seul livre mais dans la grotte, Iris. Pas une seule, mais des dizaines, des centaines d’Iris immobiles, figées comme des pierres qui le regardent. Yvan ne sait plus où donner de la tête, court de l’une à l’autre, touche leur corps froid et dur comme du marbre. Comment la retrouver, comment la reconnaître ? Iris regarde son Yvan, son amour, qui la recherche. Elle voudrait l’appeler, lui dire qu’elle est là. Pas un son ne sort de sa bouche, ses bras restent figés. Il est là tout près d’elle et ses yeux se posent sur elle. Yvan comprend en voyant le regard rempli de larmes d’Iris qu’elle est bien là, que c’est bien elle, sa femme, devant lui. Alors il l’enserre dans ses bras. Elle est froide et lourde. Il la traîne en dehors de la grotte et avec l’aide de son cheval, il refait le chemin inverse avec Iris, sa belle, transformée en pierre. On dit alors, qu’une feuille de l’érable rouge s’est détachée, a virevolté et s’est posé délicatement sur l’épaule d’Iris et qu’Iris est revenue à la vie. On dit aussi qu’on a entendu un long cri et qu’on a vu l’esprit rouge disparaître.
« Face à un amour si fort, je ne peux rien ».

L’homme qui ne connaissait pas d’histoire

Il existait un homme qui s’appelait Brian. Il coupait des roseaux et tressait des paniers. Une année - une année mauvaise - les roseaux vinrent à manquer dans la région. Les seuls roseaux, cette année-là, se trouvaient dans une vallée qu’on disait habitée par des créatures dangereuses.

Brian se décida. Il pria son épouse de lui préparer quelque nourriture et partit pour la vallée solitaire. En peu de temps, il coupa un grand fagot de beaux roseaux mais, alors qu’il s’apprêtait à les lier, un brouillard s’épaissit autour de lui. Brian décida d’attendre. Il s’assit et mangea sa nourriture. L’air était si sombre autour de lui qu’il ne pouvait même pas apercevoir les doigts de sa main. Très effrayé, il se leva. Il regarda vers l’est, il regarda vers l’ouest et il vit une lumière. Il vit une longue maison. A travers la porte ouverte et la fenêtre, passait une lumière tranquille. Brian glissa sa tête par la porte.

A l’intérieur de la maison, il vit un vieil homme et une vieille femme, tous deux assis. Ils le saluèrent en l’appelant par son nom et l’invitèrent à prendre place auprès du feu. Brian s’assit entre les deux. Pendant un moment, ils bavardèrent. Puis le vieil homme lui dit : "Raconte une histoire. - Je ne peux pas, répondit Brian. S’il y a une chose que je n’ai jamais faite dans ma vie, c’est raconter une histoire. - Tu ne connais aucune histoire ? - Aucune histoire." Le vieux et la vieille échangèrent un coup d’œil rapide, et la vieille dit à Brian : "Va tirer un seau d’eau du puits. Fais quelque chose pour te rendre utile. - Je ferai n’importe quoi, dit Brian, du moment que je ne raconte pas une histoire." Il saisit un seau, il alla le remplir au puits. Il posa le seau sur la margelle pour le laisser s’égoutter.

A ce moment, une formidable bourrasque de vent souleva Brian dans les airs. Il fut emporté vers l’est, il fut emporté vers l’ouest et, quand il retomba sur le sol, il ne pouvait apercevoir ni le puits, ni le seau. Il vit une lumière. Tout trébuchant et tombant, il marcha vers cette lumière. Il vit une longue maison beaucoup plus grande que la première, deux lumières à l’intérieur et une lumière devant la porte.

Brian passa la tête par la porte. Il vit une pièce où l’on veillait les morts : une rangée d’hommes assis contre le mur du fond, une rangée d’hommes sur le mur du devant. Devant le feu, assise sur une chaise, une fille aux longs cheveux noirs et bouclés. Elle salua Brian par son nom et l’invita à prendre place à côté d’elle. Timidement Brian s’assit près d’elle. Mais, un instant plus tard, un homme de forte taille, qui faisait partie de la compagnie, se leva et dit : "C’est une veillée bien lugubre, ce soir. Nous devrions aller chercher un violoneux. Il nous ferait joliment danser. "Ah ! dit la fille aux longs cheveux noirs et bouclés. Vous n’avez pas besoin d’aller chercher un violoneux, car nous avons ici, ce soir, le meilleur violoneux d’Irlande. C’est lui, c’est Brian. "Je ne peux pas ! s’écria Brian. S’il y a une chose que je n’ai jamais faite dans ma vie, c’est jouer un air sur un violon. - Tu ne sais pas jouer du violon ? - Ni du violon, ni d’un autre instrument. Je ne connais pas la musique ni le chant." Elle insista. "Ne me fais pas mentir, dit-elle. Tu es le violoneux qu’il nous faut. Je le sais." Subitement Brian tenait entre ses mains un violon et un archet, et il jouait, et il jouait si bien que tous dansaient dans la grande salle en disant qu’il n’avaient jamais dansé sur une aussi vive musique.

L’homme de forte taille arrêta soudain la danse et dit : "Il faut maintenant que nous allions chercher un prêtre afin de célébrer la messe, car le cadavre doit être enterré avant l’aube. "Ah ! dit la fille aux longs cheveux noirs et bouclés, vous n’avez pas besoin d’aller chercher un prêtre, car nous avons ici, ce soir, le meilleur prêtre d’Irlande. C’est lui,.c’est Brian. - Je n’ai absolument rien d’un prêtre ! s’écria Brian. Et je ne connais rien à son travail ! - Allons, allons, dit-elle, tu t’en sortiras aussi bien que pour le reste. Subitement Brian se tenait debout devant un autel, deux acolytes auprès de lui, portant des vêtements sacerdotaux. Il célébra la messe et récita même les prières d’après la messe. Et toute l’assistance déclara qu’ils n’avaient jamais assisté à pareille messe en Irlande.

Alors on plaça le corps dans un cercueil et quatre hommes chargèrent le cercueil sur leurs épaules. Trois de ces hommes étaient de petite taille, le quatrième, au contraire, était grand, si bien qu’ils ballottaient le cercueil de-ci de-là. " Il faut absolument, dit l’homme qui donnait des ordres, aller chercher un médecin, pour qu’il coupe un bout aux jambes de cet homme. Comme ça, il sera de niveau avec les autres. - Ah ! dit la jeune fille aux longs cheveux noirs et bouclés, vous n’avez pas besoin d’aller chercher un médecin, car nous avons ici, ce soir, le meilleur médecin d’Irlande. C’est lui, c’est Brian. - S’il y a une chose que je n’ai jamais faite, dans ma vie, assura Brian, c’est exercer la médecine ! Et même ! Je ne l’ai jamais étudiée ! - Allons, allons, dit-elle, tu t’en sortiras aussi bien que pour le reste." Subitement, il avait en mains la scie et les bistouris. Il coupa un bout des jambes de l’homme, au-dessous des genoux, il les refixa, et les quatre hommes qui portaient le cercueil marchaient maintenant au même niveau. Ils marchèrent prudemment vers l’ouest, jusqu’au cimetière. Un haut mur de pierres entourait le cimetière, sans aucune porte. Ils devaient passer un par un par-dessus le mur et redescendre de l’autre côté. Le dernier à passer par-dessus le mur, c’était Brian.

Alors une formidable bourrasque de vent emporta Brian dans les airs. Il fut emporté vers l’est, il fut emporté vers l’ouest et, quand il retomba sur le sol, il ne pouvait apercevoir ni le cercueil, ni le cortège. Il était retombé tout près du puits. Il vit le seau, il vit les gouttes d’eau, qui n’avaient pas encore séché sur la margelle du puits. Il prit le seau et revint à la maison. La vieille et le vieil homme étaient assis à la même place, là où il les avait laissés. Il posa le seau et vint reprendre sa place entre les deux. "Alors, lui dit la vieille femme, es-tu toujours incapable de raconter une histoire ?" (Histoire irlandaise, dans Jean-Claude Carrière, Le cercle des menteurs, Plon 1998, p. 83)

On ne sait pas ce que l’on sait. Il suffit de se faire confiance. RIEN n’est impossible !
Joyeux Noël !


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dimanche 18 septembre 2016

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