Méditer, quels bienfaits pour notre cerveau ?

samedi 13 février 2016
par  Danielle
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Médecins et neuroscientifiques s’intéressent de plus en plus à la méditation et à ses effets.
Ce qui avait longtemps été perçu comme une pratique au service d’une religion est maintenant considéré comme un acte totalement laïque qui permet au méditant quel qu’il soit de s’approprier sur le long terme les bénéfices nombreux de la méditation.

Malgré les apparences, la méditation n’est pas un phénomène passif. Il s’agit avant tout d’entraîner son esprit à se concentrer sur un objet, sa respiration ou ses sensations corporelles, dans l’instant présent et à ne pas se laisser perturber par des pensées ou des stimuli extérieurs. Ce qui est loin d’être facile car nos pensées, tracas, souvenirs et autres ne nous laissent pas longtemps de répit. Le cerveau ne supporte pas l’inactivité même lorsque nous dormons. C’est tout ce travail du cerveau lors de la méditation qui aura pour effet d’activer tour à tour toutes ses parties. L’utilisation de l’IRM a montré que l’activité pendant la méditation se déroulait en 4 phases :

  • Lors du vagabondage mental de notre esprit, le cortex sensoriel et moteur est en premier activé.
  • Puis la prise de conscience de ce vagabondage dans nos idées active le cortex antérieur.
  • Ensuite, le déplacement de notre attention sollicite les régions pariétales.
  • Et enfin, la focalisation sur un objet précis stimule le cortex préfrontal.

Et le cycle recommence.
Ainsi au fil des méditations, s’intensifient notre vigilance et notre activité cérébrales dans toutes les zones du cerveau, surtout celles qui sont le moins rapidement sollicitées comme le cortex préfrontal, siège de l’élaboration du raisonnement, du jugement, de la prise de décision et du contrôle rationnel de nos émotions.

Dans notre vie courante, le stress tout comme la fatigue, une mauvaise alimentation, l’alcool ou la drogue endommagent notre cerveau et perturbent les connexions entre le cortex préfrontal et les autres zones. La fatigue ou le trop grand stress paralyse les circuits frontaux rationnels et sollicite des zones plus primitives du cerveau au moment de chercher une réponse à un mal-être perçu.
Ainsi, dans des situations difficiles de notre vie, sous l’effet de la fatigue, notre cerveau nous propose des réponses de survie, pour faire face à la situation, sans réflexion préalable, réponses impulsées par notre cerveau reptilien (tronc cérébral et cervelet). Nous agissons alors de manière impulsive et à courte vue. Les émotions fortes comme la peur ou la colère prennent le dessus. Notre pensée devient rigide et nos comportements réactifs. Nous nous laissons envahir par des émotions négatives qui nous déséquilibrent : nous perdons confiance en nous, nous nous laissons envahir par notre anxiété, nos relations aux autres deviennent mauvaises. Nous risquons de tomber dans la dépression.

Le méditant qui prend l’habitude d’activer toutes les parties de son cerveau, apprend à tenir à distance ses pensées négatives et stressantes. Dans des moments difficiles de sa vie, il retrouve plus facilement le chemin pour accéder à des réponses rationnelles proposées par son cortex préfrontal activé. Il développe son pouvoir de décision et éloigne les réponses émotionnelles trop fortes. Sa pensée devient plus flexible, moins rigide, son comportement plus pondéré. La confusion générée par l’anxiété est remplacée par plus de clairvoyance, sa mémoire de travail est décuplée, son attention renforcée. A la peur se substituent progressivement un sentiment de paix et de sérénité né de la maîtrise de la situation, une plus grande compassion et empathie pour les autres et un sentiment durable de bonheur et d’optimisme.

En comparant les réponses différentes qu’apporte le cerveau au méditant ou au non-méditant en cas de stress, les chercheurs ont compris les énormes bienfaits que l’homme pouvait retirer de la pratique de la méditation dans sa vie quotidienne et encore plus, lorsqu’il traverse des périodes sombres dans son existence, dans lesquelles le stress, la tristesse ou la peur entravent ses capacités à analyser, à penser et à agir de manière appropriée.

A partir des années 70, le professeur de médecine américain, Jon Kabat-Zin (Université du Massachusetts) a développé un programme appelé « Mindfullness Based Stress Reduction ou MBSR) basé sur la pratique du yoga et de la méditation afin de lutter contre les rechutes de dépression, les douleurs chroniques, la gestion du stress ainsi que de nombreuses maladies liées aux troubles de l’humeur. Cette technique est utilisée dans plus de 200 hôpitaux aux Etats-Unis.
En 2005, pour Catherine Kerr, chercheur à l’Université de Brown, la méditation permet d’apprendre à moduler ses sensations et aide les personnes dépressives à gérer leurs pensées négatives.
En France, en 2007, les recherches menées par Antoine Lutz à l’INSERM auprès de grands méditants, moines bouddhistes, ont mis en lumière la flexibilité cognitive du cerveau du méditant, ses grandes capacités à maintenir son attention sur un objet sans en être distrait, l’activation de télomérases, enzymes essentiels dans la protection contre le vieillissement cellulaire et la réduction de l’activité des gênes impliqués dans l’inflammation, réponse au stress social.

Les effets positifs de la méditation, s’ils peuvent être encore approfondis, n’ont plus à être démontrés. Pour la première fois, en 2013, l’Université de Strasbourg a inauguré un nouveau diplôme « Médecine, méditation et neurosciences » qui a attiré de nombreux étudiants. Jean-Gérard Bloch, rhumatologue, chargé de la mise en œuvre de cette formation, affirme que les liens entre corps et esprit, depuis longtemps reconnus dans le bouddhisme sont devenus une évidence depuis peu en médecine occidentale. Il est convaincu que l’entraînement de l’esprit peut soulager le corps quand notre médecine reste impuissante face à certains maux.

Pour aller plus loin, voici les textes sur lesquels je me suis appuyée pour écrire cet article :

  • Entrevue avec Jean-Gérard Bloch, Est-ce que la méditation transforme notre cerveau et nous rend bienveillant ? France Culture « Du côté de chez soi », 22/09/2013
  • La méditation améliore le cerveau. Rencontre avec Antoine Lutz, chercheur à l’INSERM qui explique pourquoi les neuro-scientifiques s’intéressent à la méditation. Le Point, 05/07/2014
  • Un cerveau plus jeune grâce à la méditation, par Héléna Sender, Science et Avenir, 10/02/2015
  • La méditation validée par les neuro-sciences, Paul Molga, les Echos, 04/09/2015
  • La méditation transcendantale : http://www.meditation-transcendantale-montpellier.com

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