Comment peut-on être... devin ?

mercredi 9 mars 2016
par  Danielle
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Un conte persan raconté par Jihad Darwiche

Colombe et Sauterelle

Il était une fois un homme et une femme.
Elle s’appelait Farzaneh et parlait en roucoulant.
Ainsi son mari la surnommait « la colombe ». Parviz était portefaix (homme dont le métier est de porter des fardeaux). Il marchait en sautillant. Ainsi sa femme l’appelait « la sauterelle ».

Un jour, Farzaneh partit au hammam, mais elle le trouva fermé car la femme du plus grand devin du palais l’avait loué pour elle seule. Elle revint à la maison en colère et dit à son mari :

  • A partir d’aujourd’hui, tu seras devin !
  • Moi, devin ! Mais je ne sais même pas lire !
  • Tu n’as pas besoin de lire, il suffit de deviner.

Le lendemain, Parviz s’installa au coin d’une rue.
A sa droite, le mot "devin" qu’un voisin lui avait écrit. A sa gauche, un tas de pois chiches grillés qu’il espérait vendre. Dans l’après-midi, un marchand étranger s’arrêta devant lui :

  • Ma mule a disparu avec son chargement. Aide-moi à la retrouver et je te donnerai dix pièces d’or.
  • C’est simple, dit Parviz. Achète-moi une poignée de pois chiches et marche droit devant toi. Croques-en un à chaque pas. Quand tu auras mangé le dernier, tu retrouveras ta mule.

L’homme se trouvait hors de la ville quand il croqua le dernier pois chiche. Là, devant une maison en ruine, il vit sa mule qui broutait tranquillement, son chargement sur le dos.
Fou de joie, il revint vers Parviz, le remercia et lui donna dix pièces d’or. Parviz rentra annoncer la bonne nouvelle à sa femme. « Le hasard m’a aidé aujourd’hui, mais demain, je reprendrai mon travail de portefaix !

  • Pas question ! s’écria Farzaneh. Demain, tu reprendras ta place de devin.

Le lendemain matin, Parviz reprit sa place.
Or, il y avait dans la ville un orfèvre qui travaillait à la taille d’un très beau diamant. Soudain, le diamant sauta de l’étau et disparut. L’homme le chercha partout, en vain. L’orfèvre qui avait entendu l’histoire de la mule, alla voir Parviz :

  • Aide-moi à retrouver mon diamant et je te donnerai cent pièces d’or !
  • Achète-moi une poignée de pois chiches et retourne dans ton atelier. Tu jetteras les grains en l’air un à un et tu les rattraperas dans ta bouche. Lorsque tu auras jeté le dernier, tu retrouveras ton diamant.

L’orfèvre suivit les indications de Parviz. Lorsqu’il jetta le dernier grain, il aperçut le diamant qui était coincé entre la poutre et le plafond. Fou de joie, il courut donner cent pièces d’or au devin. Parviz se précipita chez sa femme : « La chance m’a encore souri une fois, mais demain, j’arrête tout, avant qu’on ne découvre la vérité.

  • Pas question, répondit Farzaneh. Demain, tu reprendras ta place de devin.

Les exploits de Parviz finirent par être connus du palais royal. Or la princesse avait perdu sa bague depuis une semaine. Les devins du palais avaient tout essayé pour la retrouver.
Sans résultat ! La princesse envoya quérir le nouveau devin qui arriva en tremblant.

  • Allez grand devin, dis-moi ce que tu vois !

Parviz baissa la tête.

  • Je ne vois rien, dit-il, je ne vois qu’un trou noir.

La princesse sauta de joie :

  • Maintenant, je me souviens ! La semaine dernière, au hamman, et pour ne pas abîmer ma bague, je l’ai glissée dans un trou du mur où je l’ai oubliée.

La princesse eut bientôt de nouveau sa bague au doigt. Elle remercia Parviz et lui donna deux cents pièces d’or.
Parviz rentra chez lui sain et sauf :

  • Cette fois-ci, j’ai failli aller en prison. Il faut absolument que j’arrête.
  • Ne t’inquiète pas, lui dit sa femme. Je suis sûre que tu es un grand devin.

Un jour, le trésor du roi disparut. Les devins du palais ne parvenaient pas à retrouver la trace des voleurs.

  • Vous êtes tous des bons à rien, pesta le roi, allez me chercher Parviz !

Parviz arriva au palais, plus mort que vif. « Cette fois-ci, je finirai en prison ou bien j’aurai la tête coupée », pensait-il. Il demanda au roi de lui donner sept moutons et sept jours de réflexion. Parviz emmena les moutons et dit à sa femme :
- Je n’ai aucune chance de retrouver les voleurs, alors en attendant ma mort, faisons chaque jour une fête.

Les voleurs qui avaient caché le trésor dans une grotte dans la montagne, étaient au nombre de sept. Lorsque leur chef apprit que Parviz avait été chargé de les retrouver, il prit peur. Le soir-même, il envoya un de ses hommes pour l’espionner. Le voleur arriva au moment où Parviz égorgeait le premier mouton.

  • Voilà, c’est le premier ! disait Parviz à sa femme. Le voleur pensa qu’il parlait de lui. Il partit en courant voir son chef.
  • Ce devin est très fort. Il sait tout ! J’avais à peine approché de sa maison qu’il dit à sa femme : « C’est le premier ». Le chef secoua la tête, perplexe. Le lendemain, le deuxième voleur arriva au moment où Parviz égorgeait le second mouton.
  • C’est le deuxième, disait Parviz à sa femme. Le voleur repartit, affolé, et dit à son chef :
  • Il n’y a aucun doute, c’est le plus grand des devins ! Il sait tout !

Chaque soir, le chef des voleurs envoyait un de ses hommes et le voyait revenir mort de peur. Le septième jour, il partit lui-même. Quand il s’approcha de la maison, Parviz égorgeait le dernier et le plus gros des sept moutons. Il disait à sa femme :

  • C’est le dernier mais c’est le plus important !

En entendant ces mots, le chef sortit de sa cachette et tomba à genoux : « Je sais que tu as tout deviné, dit-il. Sois généreux, laisse-moi la vie sauve et je t’indiquerai où j’ai caché le trésor ».
Parviz accepta. Le lendemain, il se présenta devant le roi :

  • Le trésor est caché dans une grotte dans la montagne. Quant aux voleurs, ils ont été dévorés par les loups.

Parviz guida la garde du roi qui trouva le trésor intact. Le roi installa Parviz dans son palais, pour l’avoir près de lui. Mais les devins, les vizirs et les conseillers du roi étaient jaloux et furieux. Un jour, alors que la cour était réunie dans la salle du trône, une sauterelle, poursuivie par une colombe, entra par la fenêtre. Elle se réfugia sur l’épaule du roi qui l’attrapa. Le grand devin se leva :

  • Majesté, dit-il, gardez votre main fermée et appelez Parviz. Demandez-lui de deviner ce que vous cachez et vous verrez qu’il n’est pas vraiment devin.

Le roi, confiant, envoya chercher Parviz.

  • Mon ami, dis-moi ce qu’il y a dans ma main. Parviz se mit à trembler de la tête aux pieds. Il lui était impossible de deviner. Il marmonna en transpirant.
  • Et oui, j’étais persuadé que la sauterelle, un jour, se ferait attraper. Et à cause de qui ? De la colombe, bien sûr ! Il parlait de lui-même, la sauterelle et de sa femme, la colombe. Mais quand le roi l’entendit, il s’écria :
  • Tu es le plus grand des devins mon ami, fais un vœu et il sera exaucé !
  • Une seule chose, dit Parviz, donnez-moi mille pièces d’or et acceptez que je quitte la ville avec ma femme.

Le roi aurait préféré une autre réponse mais il avait donné sa parole. Ainsi Parviz et sa femme allèrent s’installer dans une contrée lointaine où personne ne les connaissait. Ils y vécurent heureux, très longtemps.

Ce conte de Perse trouvé par hasard m’a rappelé étonnamment l’histoire irlandaise de Brian dans "L’homme qui ne connaissait pas d’histoire" ( voir l’article : Des perles et de l’or pour Noël)... Gardons en mémoire que nos capacités sont infinies, que rien n’est jamais figé. Faisons-nous confiance, écoutons notre intuition et ne nous donnons pas de limites !


Commentaires

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vendredi 8 avril 2016 à 15h35 - par  Danielle

Merci Martine. Moi aussi je le trouve très beau et très fort... et il fait du bien. On a besoin d’entendre tout au long de notre vie (et il n’est jamais trop tard) que nous sommes capables de bien plus que ce que nous croyons ou qu’on nous a fait croire !
Il nous dit aussi qu’il faut être sage, ne pas demander ou chercher toujours plus, savoir reconnaître ce dont nous avons besoin pour être heureux. Prendre le temps de savourer le bonheur sans toujours en vouloir plus et certainement risquer de tout perdre !

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jeudi 7 avril 2016 à 20h18 - par  Martine Kempf

Le conte perse de Danielle est très beau.Il me plaît beaucoup.
Merci.

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dimanche 18 septembre 2016

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